Charlotte Burtin

Née en 1992

Étudiante en 6e année à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris

Mon positionnement artistique est inséparable de l’intérêt que je porte pour la nature et la science. Ceci m’a amené à m’intéresser au sublime.

Je suis originaire d’une île, appelée Houat. Elle se situe au large de Quiberon, dans la Bretagne Sud. Elle mesure 3,3 km de long et 1,5 km au plus large. Un petit village de pêcheurs, sans voiture ainsi qu’une nature encore restée à l’état sauvage y demeurent. Mes premières expériences tactiles et visuelles du monde se sont donc faites sur ce brin de territoire. Je viens d’une famille de pêcheurs qui vivait au rythme de la nature. J’aime beaucoup ce lieu car les espaces y sont paradoxalement vastes et par moments déserts. Les odeurs émanant des herbes, des fleurs et de la mer m’ont toujours accompagné. Enfant, je m’amusais beaucoup sur les dunes de sable où seule, je créais sans cesse des territoires imaginaires et faisais des bouquets d’immortels que je ramenais à la maison. À chaque endroit que je parcourais, la ligne d’horizon était toujours à mes côtés. J’aimais beaucoup cette insularité silencieuse.

Il m’est arrivé de côtoyer des paysages tout autre que ceux de Houat. Il y eut ceux de Fécamp avec ses falaises et ceux du golfe du Morbihan avec ses îles. Ainsi, au cours des années, mon respect et mon émerveillement envers la nature se sont progressivement accentués.

De là vient mon intérêt pour les sciences et plus particulièrement l’astronomie. Je voulais comprendre le pourquoi et le comment de ces phénomènes qui à mes yeux sont pourvus d’une beauté évidente. J’ai réalisé assez facilement que de nombreux phénomènes naturels sur notre planète n’étaient pas singuliers, mais qu’il existait dans notre univers les mêmes phénomènes à d’autres échelles temporelles et spatiales. Ainsi j’ai compris que la nature était intrinsèquement liée au cosmos et que lorsque je me retrouvais face à un paysage, c’était comme me retrouver face à l’univers. C’est à ce moment-là qu’un vertige est né ; une émotion mêlant vulnérabilité et respect face à ce qui nous dépasse, face aux forces qui régissent notre monde.

À Paris, j’ai débuté mes recherches avec une importante nécessité autour des paysages. Je voulais représenter la conception que j’en avais. Dans un premier temps il y eut des peintures naïves avec de nombreux éléments futiles, puis au fur et à mesure j’ai commencé à épurer les formes, les couleurs, jusqu’à y laisser le strict nécessaire : des aplats lisses de couleurs. J’envisageais que dans ces aplats on puisse y placer imaginairement tous les phénomènes naturels et je croyais, ainsi, avoir réussi à totaliser le paysage.

À la suite de quelques années, je me suis rendu compte que l’image peinte était une prison, laquelle finalement ne me permettait pas d’exprimer ce que je recherchais depuis mon plus jeune âge. Suite à ce constat, plusieurs questions me sont venues à l’esprit. Elles ont d’ailleurs affecté et déplacé mon travail d’une manière radicale. La première chose était de savoir comment me délivrer de l’emprise de l’image.

C’est par un acte spontané qu’un jour, j’ai obstrué l’image de ma toile, avec du plâtre et à positionner le tableau dans l’espace.

À ce moment-là, j’ai réalisé que j’avais ramené l’expérience d’une œuvre picturale à sa simple présence physique et que l’espace environnant, la lumière, le vide, pouvait être un matériau et faire partie intégrante de l’œuvre.

Par conséquent j’avais trouvé dans cet acte le moyen de me libérer de l’image ; d’ouvrir la peinture à de nouvelles possibilités d’existence.

Cet acte m’a permis de mettre en exergue une nécessité existentielle à rejouer la perception des phénomènes naturels et à matérialiser des conceptions de l’esprit au moyen de l’illusion qu’amène l’œuvre. Tout cela afin de tenter de cerner ce qu’est le sublime en rapport aux paysages et par lien intrinsèque, au cosmos.

De ce fait, mes recherches s’inscrivent dans un mouvement de va-et-vient perpétuel entre le travail de matières brutes à des matières lisses, d’œuvres monumentales à des œuvres de plus petite taille, du vide au plein, de la peinture en passant par l’objet d’art et à la sculpture. Ainsi, je tente de signifier mon positionnement en tant qu’humain dans une réalité personnelle du monde afin de proposer une possible réponse à notre existence qui ne relèverait plus de la parole, mais d’un langage psychosensoriel. Autrement dit, c’est à travers l’expérience tactile et corporelle de l’œuvre que se jouerait la question de notre existence.

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