Cynthia Lefebvre

Née en 1989

Étudiante en 5e année à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris

Danser, sculpter. Au départ, il y a cette étrange intuition. Celle qui me fit penser que la sculpture et la danse entretenaient secrètement un dialogue. C’est ce fluide commun que je m’applique à mettre en formes, en mots et en images. A travers des installations en volume, le médium photographique ou l’écriture, il s’agit de laisser parler les corps. L’étude théorique de la représentation du corps dans l’histoire de l’art, mise en parallèle avec l’histoire des corps en mouvement et la pratique physique de la danse, m’a amenée à envisager sous un autre prisme certains des enjeux de base inhérents à la sculpture pour en proposer une autre lecture. De la danse, il reste parfois des titres, empruntés à son histoire (Contact Improvisation, Release Technique, Sculpture about a woman who).

Il s’agit de considérer comment les corps se déplacent ou comment ils peuvent tout simplement prendre place. Le mouvement s’y lit par des déplacements possibles, parfois visibles, parfois latents. Ces corps sont véhicules de tensions, de forces, de pensée. Ce sont des corps fragiles où Soma reflète Psyché. Loin d’un geste démiurgique, je m’intéresse à une certaine humilité́ de la forme et m’attache à rendre compte avec sincérité́ de la nature instable et éphémère des matériaux employés. Cela passe par une esthétique pauvre prônant la simplicité et la mise à nu. Il s’agit de trouver un équilibre, si précaire soit-il, entre forces et fragilités.

Toute la force de ces volumes et des dispositifs de présentation mis en œuvre réside dans leur précarité́ : photographies et textes sont soutenus au mur par le simple poids de planches (The question 1 et 2) ou la pression de plaques de verre (Sans titre – photographies N&B). Un grand mur se dresse et se maintient debout en équilibre par la seule tension des planches et des cales qui le composent (Lundi Matin). Redistribués, les poids se donnent en masses légères (Contact Improvisation), jusqu’à même parfois tirer parti d’une suspension en tension et épouser avec fluidité les tissus (Release Technique et Dolce Farniente). Les socles sont caisses (Half in pieces et série des cires bleues dont Sculpture about a woman who), les volumes en transit.

Qu’il s’agisse ou non de corps humains, formes et matériaux, souvent directement issus du champ lexical de l’atelier, subissent des transformations successives. Vulnérables, ils trouvent un cadre protecteur et un appui dans ou sur des caisses écrin, des tuteurs, des béquilles, des coussins. L’un contre l’autre, l’un avec l’autre, ce sont des corps qui aiment à se trouver portés, soutenus ou contenus. Des rapports d’oppositions complémentaires entre les éléments s’opèrent, aucun d’entre eux ne pouvant être analysé séparément mais bien toujours en référence aux autres, de sorte que l’interpénétration des contraires semble finalement être à l’origine de l’équilibre des dispositifs. En se jouant des poids, même s’ils doivent pour cela tenter des équilibres précaires, ces corps s’acceptent tels qu’ils sont : interdépendants.

A travers ces corps en cours, en transit, il s’agit d’un appel à penser autant qu’à ressentir. On fait face à des silences mouvementés qui nous soufflent que le dire des corps est chose possible et que le corps est en lui-même événement.

L’attention est à porter sur des changements d’état: du cru au cuit, du plein au vide ; processus du «devenir-autre», entre maîtrise et laisser-advenir. En somme, un vague terrain d’enjeux qui laisse entrevoir d’autres possibles.