Lisa Braconnier

Née en 1995

Étudiante en Licence d’Arts plastiques à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne

Ouvrir l’hippocampe

J’aime le nombre, la pluralité pour ses similitudes et variations.

Au quotidien, je suis attirée par les typologies qui m’entourent. Quand je me déplace dans les rues de Paris, j’aime regarder les façades pour m’imprégner de toutes les formes de fenêtres, de portes et d’architecture. Je vois ça comme un jeu.

En feuilletant les livres de la librairie du Centre Georges Pompidou, j’ai découvert l’ouvrage « Mother Nature – Photo’s of females flourishing » d’Erik Kessels. Un livre de photographies de femmes prisent dans la nature. Aucun texte explicatif ne pose de question, ni ne propose de réponse. Le lecteur en fait sa propre lecture. Faut-il des mots pour accompagner des photographies ? qu’apporteraient–ils de plus que des images ne pourraient expliquer ? Je ne l’ai pas, encore, totalement feuilleté. Je ne veux pas regarder chaque photographie une à une. Je l’ouvre de temps en temps, tombe sur un cliché, puis, referme le livre. J’ai le même comportement avec le même type d’ouvrage : « Mauvaises Filles » de Monsieur X et Alexandre Dupouy où les photographies de prostitués prises entre 1925 et 1935 sont mises en exergue. Dans ces deux ouvrages, c’est la typologie des photographies qui m’intéresse.

Je pense que j’ai besoin de posséder ses ouvrages pour avoir, avec moi, une source volumineuse de clichés. Je ne les ai pas tous regardé en détail. Mais, est-ce que Christian Boltansky fait attention à tous les vêtements qu’il collectionne ? Est-ce qu’il les regarde tous ? Peut-on tout voir, quand il y a beaucoup d’éléments de même nature ? Peut-on repérer tous les détails ? Quels éléments se dégagent dans une typologie ?

Je me sens écrasée par la masse et le volume d’information que dégage une photographie. Il y a sa forme horizontale ou verticale, son lieu, dehors ou dedans, son ou ses personnages, adultes ou enfants, femmes ou hommes. Il y a leurs visages, leurs regards et leurs vêtements. Tant de données que mon esprit ne peut collecter tout à la fois.

La masse peut être traitée par tri. Par point de similitude ou de rejet. C’est ce que j’ai réalisé dans une installation qui met en évidence mon classement des photos de famille.

L’œuvre d’Emmanuelle Fructus, que j’ai découvert, lors de la Foire Internationale de photographie d’art « Paris photo 2016 » au Grand Palais, m’a subjugué par son ampleur. Elle classe ses photographies dans des piles de boîtes à thèmes. Elle souhaite rendre hommage à toute cette photographie modeste, elle veut défendre les petites images. Les photographies sont, pour elle, le témoin du temps et des usages sociaux. Plus le temps passe, plus, on se rapproche du visage, plus, on entre dans l’intimité des sujets photographiés. Elle explique que l’image anonyme est, souvent, une œuvre unique. Et, si elle est très répétitive, il est extrêmement rare de trouver plusieurs exemplaires d’un même tirage. Elle est attachée à des rites et des événements sociaux. On se photographie lors d’un événement (baptême, communion, mariage…), pendant les vacances, et on se rend compte, assez vite, que nous faisons, toujours, les mêmes images. Pour elle, cela est révélateur de l’évolution de nos sociétés. On ne photographie pas une famille en 1870, comme en 1980.

Ouvrir l’œil

Au cours d’un stage au Musée de l’Homme, j’ai eu l’opportunité d’approcher des pièces exceptionnelles, fruits de la culture de l’homme, et dont certaines, comme les écorchés sont l’expression de ce qu’il est. J’ai été tout particulièrement touché par l’éléphant éviscéré.

La volonté d’extérioriser l’intérieur des choses m’a attiré dans l’univers du moulage afin de garder une trace, une empreinte de ce qui n’en a peu à l’extérieur de lui-même, le putrescible, les viscères.

Comment conserver un matériau aussi fragile ?

La photographie ne permet qu’un rendu 2D qui n’exprime, pour moi, que trop peu le volume, et il y a toujours une part de mystère dans le moulage quand l’objet sort de sa matrice, cela révèle toujours une part d’inconnu. Le moulage s’est donc imposé de lui-même, et une aventure plastique à la manière des mouleurs sur nature du 19ème siècle m’a conquise.