Pierre-Alain Poirier

Née en 1988

Diplômé de la Villa Arson – École nationale supérieure d’art de Nice en 2016

Il n’y a presque que des indices.

Des indices imbriqués comme des énigmes qui ne demandent pas à être résolues mais bien plutôt à créer des amorces de narrations possibles. À la manière d’Hanging Tales, des histoires à jamais suspendues.

La plupart du temps je réalise des meubles qui suggèrent des positions du corps. Un corps qui s’érige, tente de se tenir dans le monde. Repose-tête, lit comme support à rêve et fiction où se glissent accessoires et textes que j’écris. Quelques photographies tirées de mon quotidien sont comme des fenêtres, des trous sur le réel.

Ambiguïté entre l’activité et le repos, entre le repos forcé et le loisir. Il ne s’agit pas d’y échapper mais d’apporter des perturbations, d’utiliser un design de façade aux fonctions fantômes. Un lit repose sur des canettes énergisantes Burn, des repose-têtes tirés en ciment sont redressés. Détail infime, un crocodile Lacoste se mord la queue.

Et, entre burn-out et bore-out des voix tentent de faire corps. Ces voix ce sont aussi celles que l’on retrouve dans des livres à tirage unique : L’après-midi des oies ou encore Des larmes de crocodile.

Et malgré moi, des gestes reviennent, celui de plier ou de déplier un papier. C’est peut-être aussi pour ça qu’il y a des livres, ce tas de feuilles à la pliure unique.

« Comment meubler le temps sans faire l’impasse sur le temps ? » : la voix de Clément Rosset à la radio. C’est aussi, interroger la notion de « dépense improductive », (d’après G. Bataille) et reproduire en série des chaises indépliables pour finir par une photographie de ces dernières marouflée sur un mur.

Suggérer une suspension du temps dans son égrainage même.

Un désœuvrement de vacances. De ces dimanches fatigués où le soleil glisse derrière les stores. Des portes qu’on laisse ouvertes pour pouvoir les fermer plus tard. C’est dans l’écart entre ce qui est vu et ce qui est dit qu’il faut chercher. Et s’il est dit que le livre Un bonheur parfait de James Salter est caché dans la doublure d’une veste, «il faut y croire pour le voir».

Au départ, il y a Des larmes de crocodile. Amères et douces.

À la fin, reste la question : «Mais oh, où sont les beaux jours ?».

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